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Prises d’otages. Attentats. Extorsions. Trafic de drogue. Après 50 ans de guérilla et de terreur dans la jungle colombienne, les hommes des forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) pourraient rendre les armes. Ce n’est pas la première fois que le sujet est abordé. Après de nombreux échecs, ce nouvel espoir de paix est devenu possible grâce à la politique menée par le gouvernement colombien.

Alexandre Bassette & Priscyllia Canabate

« Salimos con esperanza y optimismo a Olso confiando en traerle buenas noticias al pais. » Voila ce qu’on peut lire en date du 16 octobre sur le compte Twitter officiel de la présidence colombienne. Traduisez qu’une délégation part à Oslo avec l’espoir et l’optimisme d’apporter de bonnes nouvelles au pays. La capitale norvégienne accueillait en effet le lendemain la deuxième phase des pourparlers entre les FARC et le gouvernement colombien. Des négociations qui pourraient au final aboutir à la capitulation des révolutionnaires ; aboutir à la paix après un demi siècle de conflit et près de cinq millions de morts.

En amont de ce déplacement au pays du roi Harald V, des négociations secrètes à Cuba qui avaient conduit les deux forces en présence à signer, en août dernier, « l’accord général pour mettre fin au conflit et construire une paix stable et durable« . Construction de la paix donc, respects des droits de l’homme, développement économique et social et amplification de la démocratie. Telles sont les bases de cet accord.

C’est donc avec « optimisme » et « espoir » que les parties se sont de nouveau rencontrés sur le sol norvégien. Toutefois, il est ressortit des discussions qu’elles n’envisageaient pas le processus de paix de manière identique. Quand le gouvernement colombien insistait sur le passage du combat armé au combat politique, les FARC répondaient qu’il fallait avant tout passer par des changements sociaux. En d’autres termes, la Colombie veut la paix avant d’entamer de profonds changements tandis que les révolutionnaires réclament l’inverse. Mais personne ne se décourage. La prochaine phase des négociations débute le 15 novembre et le gouvernement colombien a bon espoir de mettre un terme au conflit. D’autant que le contexte actuel est à son avantage.

La paix facilitée

Nouveau positionnement régional et mondial. Nouvelle stratégie politique et militaire. Des ennemis devenus amis. Un développement économique en plein essor. Voila les raisons qui rendent aujourd’hui possibles ces négociations.

Depuis 2010 et l’élection de Juan Manuel Santos à la tête du pays, la politique intérieure a pris un nouveau tournant ; notamment en ce qui concerne la lutte contre les FARC. Plusieurs de leurs chefs ont été tués par les forces armées, désorganisant leur communication et les obligeants à mener des opérations de moindre envergure. Face à la répression, leurs combattants ont dû se replier vers des régions périphériques et la désertion a pris des proportions encore jamais vues. Toujours puissante, la guérilla est en mauvaise posture. Cet affaiblissement la pousse à solliciter des négociations.

D’autant que les FARC ont perdu leurs principaux soutiens régionaux : le Venezuela, l’Equateur et la Bolivie. Jugeant la Colombie trop proche des Etats-Unis, ces trois pays voisins avaient choisi de se rapprocher des révolutionnaires. Le chef de l’Etat de l’époque, Alvaro Uribe, n’avait pas apprécié et rompu toutes relations. À peine élu, le président Santos a tout fait pour inverser la tendance. Accords économiques et judiciaires, les relations entre les trois pays sont désormais au beau fixe.

Dernière raison qui facilite le processus de paix : l’essor économique de la Colombie. Sur les cinq dernières années, sa croissance est de 4% par an en moyenne. Si l’on compare, elle n’a pas à rougir à côté du poids lourd de la région, le Brésil. Sans compter que 70% de sa population appartient désormais à la classe moyenne. Alors que les FARC combattent, entre autres, en faveur de l’égalité sociale, une telle évolution les contraint à se remettre en cause.

Dans le même temps la Colombie inaugure son aéroport international. Il est qualifié sur Twitter de « l’une des œuvres les plus importantes » pour le pays par le président Santos. Tout poussait à penser que les négociations avec les FARC monopoliseraient l’attention. Il n’en est rien. Cet aéroport semble supplanter le processus de paix, tendant à démontrer, d’une part que la fin du conflit est une certitude pour le gouvernement colombien et d’autre part que le pays se tourne désormais vers l’avenir.

Réactions en chaîne

L’accord de pourparlers visant à mettre fin aux conflits armés en Colombie est un événement historique pour son pays et l’ensemble de l’Amérique Latine. En quatre décennies, les combats ont fait près de 25 000 victimes et provoqués le déplacement de plusieurs millions d’autres. Pour la quatrième fois depuis les années 80, le gouvernement et les FARC tentent de trouver une issue à un conflit qui déchire le pays depuis presque un demi-siècle.

Cette fois, la détermination à trouver à une solution semble accrue. Chaque partie paraît consciente de sa responsabilité historique et aucun des acteurs n’est en mesure de l’emporter par les armes. Les FARC sont militairement affaiblies. Le gouvernement est en position de force. Il devient nécessaire, dans l’intérêt de chacun, de parvenir à un règlement politique et solder des décennies de combat par un accord de paix qui réponde, au moins en partie, à certaines causes de l’insurrection.

Une réforme du secteur de la sécurité et la mise en place des mécanismes de compensation pour les combattants démobilisés seront des étapes incontournables. Dans cette optique, le président Santos a signé en juin 2011 une loi sur les victimes et la restitution des terres. Cette dernière prévoit des réparations pour les victimes de violations des droits de l’homme tout au long de ce conflit, ainsi que la restitution des millions d’hectares de terres volées aux paysans. L’ancien chef des FARC, Alfonso Cano, l’a d’ailleurs qualifié « d’essentielle pour un avenir de réconciliation » et de « contribution pour une réelle solution au conflit. »

La situation pourrait se voir renforcée si les FARC respectaient le droit international de la guerre et, par exemple, relâchaient leurs otages et cessaient d’enrôler des mineurs.

Une fin réelle des conflits armés en Colombie auraient de nombreuses répercutions et seraient ressenties au-delà des frontières du pays. Au Venezuela, mais aussi au Mexique, où les cartels de la drogue déchirent le pays, et aux Etats-Unis, plus gros consommateurs au monde. L’Afrique de l’ouest, ne serait pas épargnée puisqu’elle est devenue ces dernières années la principale plateforme de transit des drogues en provenance de l’Amérique Latine vers l’Europe. Il ne faut donc pas négliger le problème de la drogue qui pourrait constituer un frein à la résolution du conflit.

D’autre part, la société civile a besoin du soutien international pour s’investir de manière autonome et constructive dans le processus de négociation et dans le nouvel ordre qui en émergera. Pour cela, les principaux bailleurs de fonds tels que les Etats-Unis et l’Union européenne doivent renouveler et renforcer leur soutien politique et financier en faveur d’une amélioration de la situation humanitaire des populations touchées par le conflit.

En attendant la paix, les effets d’annonces n’en finissent pas d’inonder les médias et les réseaux sociaux. Il ne manquait plus qu’une réaction des FARC eux-mêmes. La dernière information qui fait du bruit sur les réseaux sociaux et dans la presse hispanophone est une vidéo dans laquelle le chef actuel des FARC, Rodrigo Londono dit Timochenko, affirme que les FARC « rejoignent la table des négociations  sans haine ni rancœur ». Pourtant l’éditorialiste Antonio Caballero a twitté : « Même si le pays a changé, la route de la paix s’annonce difficile. »

Malgré les changements perceptibles, la réputation des FARC reste négative auprès de la population et leurs chances de reconversion dans la vie politique seront ainsi limitées. Cependant, après cinquante ans de violence la majorité des colombiens se disent pour des accords de paix.

Le poids de ce conflit est ressenti dans tout le pays, avec ses conséquences humanitaires (des milliers de personnes déplacés), budgétaires (des dépenses militaires parmi les plus élevées du continent), politiques (l’absence d’une véritable démocratie, surtout au niveau local) et le retard pour affronter les autres problèmes du pays comme les inégalités ou la question de la répartition des terres.

Pour aller plus loin:

La paix en Colombie est-elle négociable ? par LeMonde.fr

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