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Depuis le mois de juin des grèves éclatent dans l’ensemble de l’Afrique du Sud. Fonctionnaires, camionneurs, mineurs. Tous réclament une augmentation de leurs salaires. Alors que le principal atout du pays réside dans ses richesses minières, les mouvements sociaux des ouvriers des mines est plus préoccupant que les autres. Ralentissement de la production et baisse de la croissance. Désengagement des principaux investisseurs pourtant essentiels pour le développement du pays. Cette longue série de grèves semble pouvoir avoir de lourdes conséquences pour le pays quant à son positionnement sur la scène internationale.

Alexandre Bassette & Priscyllia Canabate

Grèves, licenciements, affrontements, morts. Le constat est inquiétant pour l’Afrique du sud. Au cours des dernières semaines, près de 50 mineurs sont tués par les forces gouvernementales, dont 34 abattus par la police le 16 août à la mine de Lonmin à Marikana. Face à la vague croissante de grèves des ouvriers à travers le pays, des licenciements massifs sont annoncés. C’est l’Anglo American Platinum (Amplats), premier producteur mondial de platine, qui ouvre le bal en annonçant le renvoi de 12 000 mineurs. L’initiative de la compagnie américaine est suivie par deux autres sociétés minières. Elles licencient plus de 3500 travailleurs participants à des grèves. La société minière d’extraction de platine Atlatsa licencie quant à elle plus de 2000 ouvriers et l’aurifère Gold One 75% de ses employés. Ces renvois n’ont pourtant pas permis d’arrêter la propagation des grèves.

Alors, un certain nombre de compagnies d’exploitation minière ont essayé de mettre fin aux grèves en entrant dans les négociations et en offrant des hausses des salaires supérieures à la normale. Et quand les mineurs de Lonmin obtiennent une augmentation de 22 % des salaires, les mineurs des plus gros producteurs d’or d’Afrique1 arrêtent la production pour exiger un accord salarial équivalent. Ces grèves qui se répercutent dans toute l’industrie de l’extraction de l’or auraient réduit la production nationale de plus de 40%. Aujourd’hui, ils seraient plus de 100.000 grévistes dans toute l’Afrique du Sud, dont 75.000 mineurs répartis dans plus de 20 mines. Le combat est le même pour les mines de fer, de platine ou de charbon. Les employés de la mine de fer de Kumba, filiale de l’Anglo American, font grève. Même situation du côté de la Westerne Chrome Mine et de la mine de platine de Xstrata. Plus inquiétant pour l’économie du pays, la contestation touche maintenant le secteur du charbon. 85 % de l’électricité d’Afrique du Sud est produite grâce à l’extraction de ces mines.

L’histoire se répète

Le massacre des mineurs en grève et la propagation des affrontements entre mineurs et régime du Congrès national africain (CNA) révèle le caractère réactionnaire des politiques raciales et nationalistes, ravivant d’anciens souvenirs. Car 18 ans après la fin de l’apartheid juridique, les intérêts des mêmes sociétés multinationales et sud-africaines qui ont été bénéficiaires sous le régime de la minorité blanche semble restés intacts. Du côté des travailleurs sud-africains, les conditions de vie sont aussi mauvaises que sous le régime de la minorité blanche. Un mineur ne gagne que 300 dollars par mois.

Bien que le président Jacob Zuma qualifie d’«irresponsables» les comparaisons entre les récents événements et les mesures d’État policier employées durant l’apartheid, de nombreux points communs subsistent. En effet, le Congrès national africain qui a pris le pouvoir sous des conditions d’une quasi-insurrection par la majorité noire, utilise les lois de sécurité de l’époque de l’apartheid pour supprimer la révolte des mineurs. Pire encore, la riposte du CNA contre les mineurs a l’appui des syndicats. Ils ont exigé que des mesures encore plus sévères soient prises contre les grèves sauvages qui se sont propagées à travers la ceinture de platine dans les secteurs de l’or et du chrome.

En Afrique du Sud, les inégalités sociales sont très marquées. Les 10% les plus riches détiennent 60% de l’ensemble des revenus, tandis que les 50% les plus pauvres n’en obtiennent que 8%. Dans un pays où quelques 20 millions de personnes n’ont pas d’emploi, les conditions de vies sont maintenant pires que sous l’apartheid pour les masses ouvrières. Les grèves des mineurs ne sont que l’indicateur le plus récent des tensions sociales et politiques qui s’accumulent en Afrique du Sud.

Un atout à conserver

Face à cette situation, le gouvernement sud-africain est confronté à un choix difficile, partagé entre ses travailleurs et ses investisseurs. Deux réponses s’offrent alors à lui.

Il peut soutenir les mineurs, éviter les conflits sociaux et ramener la stabilité au sein de ses frontières. Pour cela, plusieurs solutions existent. La première, nationaliser les mines, s’il en a les moyens, et ainsi gérer comme bon lui semble les finances de celles-ci. Autre possibilité pour l’Etat, négocier qu’une partie des minerais soit transformée sur place par les compagnies minières, pour conserver et créer des emplois. Enfin, il peut, selon Paul Jourdan, expert sud-africain, « laisser ses ressources minières dans son sous-sol en attendant qu’elles soient rentables pour lui», mais cela ne règle pas immédiatement le problème des salaires. Mais l’Afrique du Sud peut aussi se ranger du côté des compagnies minières, dont il a besoin. Alors que le secteur minier représente 20% de son PIB, l’afflue constant d’investissements est nécessaire pour le pats. Le gouvernement voit dans la présence des exploitants un moyen pour gonfler son budget et engendrer des emplois pour sa population.

« A la fois pays développé et en voie de développement », il craint désormais de voir la source de cette envolée se tarir. La présence de ce sous-sol riche en matière premières s’est en effet traduite par des investissements massifs, entrainant « la construction de stades, de bâtiments public et de rénovation des réseaux de communication ». Une aubaine et un sérieux coup de pouce à son essor sur lequel il veut pouvoir continuer de compter. Ce développement a également permis à l’Afrique du Sud de se faire une place sur la scène internationale et de compter sur l’échiquier mondial, notamment d’un point de vue économique. Première puissance africaine, dès la guerre froide, elle a fournit les matières premières utiles au développement des Etats industrialisés. Ces derniers avaient et ont toujours besoin des minerais sud-africain pour leurs industries. De ce fait, cet Etat s’est vu reconnaître comme un véritable acteur du développement mondial.

Aujourd’hui, l’augmentation des salaires voulue par les ouvriers semble incompatible avec la fuite vers les mines sud-américaines des exploitants. En effet, comme l’écrit Alain Faujas dans Le Monde, « améliorer l’environnement des mines, le salaires des mineurs et la vie des population concernées à un prix qui se répercutera en cascade sur les coûts d’exploitation, le prix des minerais et celui des produits finis ». Déjà en retrait depuis le début du conflit, une augmentation des coûts pourrait faire fuir définitivement les investisseurs. Alors, avec une possible disparition des mines, ou du moins une partie de leur exploitation, l’Afrique du Sud s’attend à voir diminuer son rayonnement international et voir perdurer les conflits sociaux qui s’animent à l’intérieur de ses frontières. Car si les investissements ne reviennent pas, il n’y aura de fait, aucune augmentation de salaires supplémentaire. Les mouvements de grèves lui ont déjà couté entre 0,2 et 0,3 point de croissance.

D’autres possibilités pour prospérer

La ruine de l’Afrique du Sud ne repose néanmoins pas entièrement sur la non exploitation de ses mines. Le pays dispose d’autres atouts. « A elle seule, elle engendre 40% de la production industrielle de toute l’Afrique et plus de 50% de son électricité, de son trafic ferroviaire et de son parc automobile » détaille Michel Klen. Son agriculture et son tourisme jouent aussi un rôle important dans son fonctionnement. En 2010, sa vingtaine de parcs nationaux et ses centaines de réserves animalières protégées ont drainés près de dix millions de visiteurs contre moins de trois millions dix ans auparavant. Alors malgré tout, et si le déclin de son activité minière se poursuit, l’Afrique du Sud peut espérer conserver une stature confortable sur la scène internationale.

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Une réflexion sur “L’Afrique du Sud, minée sur la scène internationale

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