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20 ans. C’est le temps qui a été nécessaire à la Mongolie pour se voir reconnaître de façon officielle son statut d’Etat exempt d’armes nucléaires. C’est une déclaration des cinq membres permanents du conseil de sécurité des Nations Unies qui a entériné cette décision à la fin du mois de septembre. Par ce biais, la Mongolie s’engage à ne pas disposer de l’arme nucléaire, ainsi qu’à ne pas aider un autre pays à acquérir celle-ci. En retour, la France, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Chine et la Russie s’engagent à ne pas user de cette arme à son encontre. « Ce qui n’empêche pas une guerre dont la Mongolie serait partie, précise Jean-Marie Collin, spécialiste des questions de défense, simplement l’usage d’armes nucléaires n’interviendrait pas dans ce conflit. »

Alexandre BassettePriscyllia Canabate 

Cette position en faveur de sa non-nucléarisation, la Mongolie la prend dès septembre 1992. C’est le président Mongol de l’époque, Punsalmaagiin Ochirbat, qui en fait l’annonce à la tribune de l’ONU. Dès 2000, la Constitution Mongole prévoit que l’acquisition, le développement, l’essai ou le contrôle d’armes nucléaires sont interdits sur le territoire. Il faudra attendre 12 années supplémentaires pour qu’une déclaration conjointe des membres permanents du conseil de sécurité vienne rendre effective ce statut sur la scène internationale. « Sans la déclaration de septembre 2012, le statut n’avait aucun effet du point de vue du droit international. »

Neutralité politique

Le statut de zone exempte d’armes nucléaire vient réaffirmer la politique internationale menée par la Mongolie depuis 1992, qui est aussi la date de la chute du régime communiste mongol. Basée sur une politique extérieure de neutralité pour le moins originale, cette stratégie vise à préserver souveraineté et indépendance.

Enclavé entre la Chine et la Russie, le pays dispose d’une force d’autodéfense et de sécurité efficace, essentielle pour desserrer l’étau induit par sa situation géographique. « Il s’agit de disposer d’une force d’autodéfense de 14 000 hommes pour affirmer la sanctuarisation du territoire national face au potentiel d’agression de ses puissants voisins, que le pays n’a d’ailleurs pas la prétention de pouvoir ni de vouloir repousser ».

Bloquée entre la mâchoire Chine-Russie, la Mongolie cherche a équilibrer au mieux les influences des deux géants en faisant jouer leur concurrence. Un enjeu primordial pour Oulan-Bator qui souhaite garder des relations pacifiques avec ces deux États stables et puissants. Et pour cause, si l’un des deux voisins, avide de ses ressources, décidait de se lancer dans une aventure militaire, la Mongolie en pâtirait fortement. Deux épées de Damoclès semblent symétriquement disposées au-dessus du pays. C’est pour cela que l’équilibre de la coopération militaire avec les deux mastodontes est crucial.

Sur la scène régionale et mondiale, la Mongolie multiplie depuis quelques années les partenariats afin d’exister et de se desserrer encore de sa posture géographique. Depuis plusieurs années Oulan Bator s’applique à développer une relation forte avec les États-Unis par le biais d’une coopération politique, économique, mais aussi militaire. Une présence sur la scène internationale traduite par des opérations de maintien de la paix sous l’égide de ONU ou par l’envoi de militaires aux côtés des Américains en Irak et en Afghanistan.

A l’heure actuelle, le pays déploie près de 150 militaires, soldats et observateurs, en Afghanistan, au Darfour, au Sahara occidental et en République Démocratique du Congo. Le but pour le gouvernement est de faire exister pleinement des « troisièmes voisins », non géographiques mais stratégiques, comme les États-Unis, le Japon, la Corée ou encore l’Union européenne. Dans cette optique, le gouvernement mongol demande à rejoindre le partenariat pour la paix de l’OTAN, auquel elle n’a juridiquement pas droit.

Au-delà de cet engagement militaire, ces opérations menées à l’extérieur permettent aux forces mongoles d’acquérir en retour une expérience de terrain essentielle pour la sûreté de leur territoire, en cas d’agression potentielle de Moscou ou de Pékin. Si ce petit Etat n’a évidemment pas la prétention de pouvoir un jour écarter la menace extérieure, son armée professionnelle lui procure un très relatif sentiment de sécurité.

Neutralité économique

L’autre intérêt pour la Mongolie de disposer de ce statut d’Etat exempt d’armes nucléaires est de conserver sa neutralité vis à vis de ses puissants voisins : la Russie et la Chine. Pour eux, c’est l’assurance que le territoire mongol ne sera pas utilisé à leur encontre ; ce qui en fait un allié potentiel. Pour la Mongolie, les enjeux sont économiques.

Si le pays ne possède pas de la force de dissuasion nucléaire, il dispose d’un autre atout : ses ressources minières. Considérables. Cuivre, or, pétrole, terres rares, uranium et près de 10% de la réserve mondiale de charbon se concentrent sur son territoire. C’est grâce à sa neutralité et à ces ressources naturelles, que la Mongolie son épingle du jeu.


Essentielles, ces ressources conduisent à une rude concurrence entre la Chine et la Russie. D’autant plus que les Etats-Unis y exercent un contrôle fort. Chacune essaye donc d’en obtenir un contrôle plus fort par rapport l’autre. Pour cela, toutes deux renforcent leurs liens avec la Mongolie. Objectif ? Prendre l’ascendant dans la région. Dans cette bataille pour devenir la plus grande puissance de l’Asie du Nord, la Mongolie fait office de zone tampon.

Les investissement sont nombreux, voire exagérés. La Russie importe de l’uranium alors que ses réserves lui garantissent une autonomie de près d’un siècle. Quant à la Chine, elle importe du charbon mongol à un prix supérieur à celui du marché. Tout est fait pour que la Mongolie privilégie au final le pays qui aura le plus investit.

Encore très pauvre, celle-ci a besoin de ses voisins pour poursuivre son développement. 70% des exportations mongoles se font vers la Chine, tandis que 36% des importations proviennent de Russie ; dont 100% des carburants et 80% du blé. La Mongolie ne peut se permettre de froisser ni son principal acheteur, ni son principal fournisseur. Elle doit jongler avec les susceptibilités de chacun au risque de voir des accords primordiaux pour son essor annulés. D’autant plus que ses partenaires n’hésitent pas à faire pression. Lors de la visite du Dalaï-lama, la Chine avait fermé sa frontière ferroviaire, bloquant toutes les exportations.

Sa neutralité, la Mongolie la conserve donc en équilibrant ses relations avec ses voisins. Elle contrebalance tout accord conclu avec l’un par un accord de même ampleur avec l’autre ; ne donnant jamais plus à la Russie qu’à la Chine et réciproquement. Pour assurer cet équilibre, elle pratique en parallèle la politique du « troisième voisin ». Cela lui permet de conclure des accords avec d’autres puissances quand un équivalent entre ses deux voisins n’est plus envisageable.

Néanmoins, la Mongolie doit faire face à un double risque. Celui que la Russie, qui malgré son importance constante, n’ait plus les moyens de sa politique de puissance et que les Etats-Unis n’investissent pas suffisamment. Pour Antoine Maire : « Il manque encore de nombreux investissements étrangers. » Face à cela, la décision la plus sage consiste à accepter des investissements massifs de la Chine. Un moyen détourné de retomber sous sa coupe et de voir une alliance privilégiée se développer avec son voisin le plus oriental.

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Une réflexion sur “La Mongolie, une puissance sans arme nucléaire

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