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59, montée du Chemin-Neuf dans le 5ème arrondissement de Lyon. À quelques pas de la Basilique de Fourvière, c’est l’adresse du foyer d’étudiants Marie-Thérèse. Loin de l’image habituelle véhiculée par les foyers catholiques, les étudiants qui s’y inscrivent mènent une vie estudiantine normale, entre cours et soirées entre amis. À quelques engagements près.

« Quand j’ai su que mes parents allaient me mettre là, j’ai carrément crisé ». Le « là » qu’évoque Charlotte, tout juste 18 ans, étudiante en LEA (Langues étrangères appliquées) à l’Université Lyon 3, c’est le foyer Marie-Thérèse. Un foyer géré et animé par la communauté du Chemin Neuf, qui accueille chaque année 25 étudiants de 17 à 25 ans. Le choix de ses parents, elle l’explique simplement : « ils voulaient que je sois encadrée, que j’aille à la messe régulièrement, et que je prie ». Comme Charlotte, beaucoup sont là en raison d’une volonté parentale ; un bon moyen de donner de l’indépendance à ses enfants sans pour autant les livrer entièrement à eux-mêmes. Et si ce choix de logement laisse quelques a priori, tous ne réagissent pas de la même manière à l’annonce de la décision. « Ça ne m’a pas dérangé une seule seconde » affirme François-Xavier, 20 ans, qui prépare une licence d’économie. Une solution toujours plus plaisante que de « faire des allers-retours quotidiens » entre la fac et la maison familiale.

De l’aveu de ceux qui viennent d’y vivre durant une année scolaire, la vie au foyer semblait à première vue contraignante. « L’alcool, les cigarettes et même les visiteurs sont interdits » détaille Charlotte. Et ce n’est pas tout. Quand un étudiant décide de s’inscrire au foyer, il s’engage à respecter la « Charte du foyer Marie-Thérèse et les règles de vie de la maison ». « Lieu d’ouverture et d’approfondissement de la foi chrétienne », vivre au foyer impose de suivre une formation spirituelle. Formation à laquelle chaque étudiant est tenu de participer. Ainsi, trois week-ends à l’Abbaye de Hautecombe (Savoie) sont programmés, à l’occasion desquels un thème est développé sur la base d’enseignements, de témoignages, et de temps de prière personnelle. De plus, durant la seconde partie des vacances de Noël, 6 jours de retraite sont organisés ; c’est le temps fort spirituel de l’année. « On n’a pas le droit de parler le matin » raconte l’un des étudiants ; « pour le coup, c’était chiant » ajoute une autre. « On a encore de la chance, traditionnellement c’est un mois de silence ». Dernier point de la formation : la « soirée du jeudi », un temps réservé à l’échange sur un enseignement biblique, au débat sur un thème général ou à la détente. Répartis en fraternités, les étudiants sont libres de s’exprimer sans être interrompus. Une seule règle : « tout ce qui est dit dans la frat’ n’en sort pas ».

Chambre avec vue

Entourée de Maria, 18 ans, qui quant à elle prépare une licence de psychologie à Lyon 2 et de François-Xavier, Charlotte attend les résultats de ses partiels. Avec le retour des beaux jours, l’ambiance est détendue dans la salle de travail. Ils gardent les yeux rivés sur Facebook ou sur des vidéos pirates des Nuits-Sonores auxquelles ils ont sans doute assisté. Car la vie au foyer n’est pas si exigeante que les apparences peuvent le laisser penser. Ceux qui au départ avaient tant d’appréhension reconnaissent que le foyer possède de nombreux avantages. « Ici, tu n’es pas tout seul » ; « Les gens sont ouverts et c’est facile de se faire des amis ». Même si Maria n’hésite pas à nuancer : « il faut dire que tu es un peu forcée » ; « C’est vrai qu’au début on se dit qu’on va passer 10 mois ensemble alors autant ne pas faire la gueule » renchérit Charlotte. Et puis même pour le ménage (que les étudiants se sont engagés à faire dans les salles communes) « ça nous saoule de le faire, mais on rigole bien ». Dernier avantage notable, la vue depuis les chambre. Au premier plan, le Vieux-Lyon, la Saône, puis la Presque-Île et plus loin la Tour Part-Dieu et sa petite sœur Oxygène.

Pour l’heure du dîner, tout le monde se réunit dans la salle à manger où un ballon de basket circule de main en main. « Alix va te démonter si elle te voit », « on n’a pas le droit de jouer dans les jardin alors on joue dans la salle à manger ». L’ambiance est conviviale. Voilà un an qu’ils se connaissent. Certains se reverront après le foyer. « De nombreuses amitiés se crées au foyer, et certaines affinités sont très fortes ». Avant le repas, tous les convives entament un chant . C’est peut-être le seul rappel que la scène se déroule dans un foyer géré par une communauté religieuse. Puis les conversations reprennent. « Alors, tes partiels ? » ; « je vais me présenter aux élections municipales, face à Collomb ! » ; « est-ce-que tu insinues que je suis mal connecté avec le Très-haut ? » ; etc. Rien qui ne sorte de l’ordinaire du quotidien d’un étudiant. Pour le dessert, deux gâteaux au chocolat sont sortis du four. C’est l’anniversaire de Michael. Les autres étudiants lui ont offert une bouteille de vin, une façon de défier faussement l’autorité qui ne désapprouve pas le geste. Des parts de gâteau sont découpées et réparties… inéquitablement. « Le partage c’est compliqué » confesse le Père Thibaut du Rusquec, responsable du foyer.

Ce soir là, une partie de la soirée est consacrée à la prière. C’est la dernière « soirée du jeudi » et c’est donc pour une version allégée que les membres du foyer, leurs responsables et une poignée de communautaires, se rassemblent pour former un cercle sur la terrasse du jardin. À peine une vingtaine de minutes plus tard, ils rompent le rang et reprennent les ballons en tentant d’éviter les plantes et les carreaux. Certains regagnent leurs chambres pour se reposer, d’autres, pour lesquels les cours ne sont pas encore terminés, reprennent le chemin de la salle de travail. Les autres sortent du foyer et descendent boire un verre dans l’un des nombreux pubs du Vieux-Lyon ; car le jeudi, c’est aussi le jour des soirées étudiantes. « Tant que tu ne rentres pas ivre mort, et que tu ne te fais pas griller en rentrant, tu fais ce que tu veux ». La règle du pas-vu-pas-pris, qui elle n’est pas inscrite dans la charte.

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Une réflexion sur “Foyer catholique, pas d’enfer derrière les murs

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